Réflexion personnelle sur le racisme et ses paradoxes
Introduction
Cet article inaugure mon blogue Regards sur le monde. J’ai choisi de commencer avec une réflexion qui m’est chère : le racisme et ses paradoxes. Trop souvent, ceux qui en parlent le plus fort ne sont pas ceux qui en souffrent. Entre les interpelés et les affectés, il existe une fracture que je voulais mettre en mots.
Les Interpelés
Les interpelés s’érigent en protecteurs d’une cause qui ne les atteindra jamais directement. Ils brandissent des statistiques, rédigent des rapports et animent des débats. Leur posture oscille entre sincérité et appropriation.
Martin Luther King Jr., dans sa Lettre de Birmingham (1963), rappelait :
“Le grand obstacle à la liberté des Noirs n’est pas le membre du Ku Klux Klan, mais le Blanc modéré, qui préfère l’ordre à la justice.”
Cette phrase illustre parfaitement le rôle ambigu des interpelés : alliés proclamés, mais parfois obstacles involontaires.
Les Affectés
Les affectés connaissent le racisme comme une réalité intime. Leurs vies sont marquées par des humiliations, des refus silencieux, des regards soupçonneux.
Frantz Fanon, dans Peau noire, masques blancs (1952), décrit la douleur psychique de vivre sous le regard du dominant. Nelson Mandela rappelait :
“Être libre, ce n’est pas seulement se débarrasser de ses chaînes, mais vivre d’une manière qui respecte et renforce la liberté des autres.”
Les affectés ne demandent pas la pitié, mais la reconnaissance de leur dignité.
La Fracture
Entre interpelés et affectés se creuse un fossé. Les premiers multiplient les discours, les seconds accumulent les blessures. Angela Davis a montré que les mouvements échouent lorsqu’ils ne placent pas les voix opprimées au centre.
La fracture n’est pas seulement représentative, elle est une question de légitimité. On ne peut parler d’égalité si la parole reste confisquée par ceux qui ne vivent pas l’inégalité.
Conclusion
La lutte contre le racisme ne peut être confisquée par les interpelés. Elle doit s’ancrer dans la voix des affectés. Les premiers peuvent être des alliés, mais jamais les propriétaires de la cause.
Aimé Césaire écrivait dans son Discours sur le colonialisme (1950) :
“Une civilisation incapable de résoudre les problèmes qu’elle suscite est une civilisation décadente.”
Le racisme interpelle la conscience, mais il affecte les vies. Reconnaître cette différence, c’est franchir un pas vers une justice véritable.
Mot de l’auteur
Cet essai n’est que le premier d’une série de réflexions que je partagerai chaque semaine sur ce blogue. Parce qu’écrire, c’est regarder le monde en face et refuser de détourner le regard.